Edvige et Ariane promues aux Oracles

Edvige n’est pas seulement la belle et énigmatique chouette blanche messagère de Harry Potter, ni même peut-être le doux prénom de votre grand-mère, la pauvre. Il s’agit en fait d’une « création » politique contemporaine – si l’on peut risquer d’abymer ces mots (création ET politique ET contemporaine) et les concepts qu’ils véhiculent – signée par le gouvernement Fillon, sous la houlette de M. Sarkozy 1er.

Les mots transportent en effet bien plus que leur bagage de sens, mis ensemble, ils véhiculent tout comme nous, bien plus que la somme de leurs unités. Si vous dites : « création politique contemporaine » par exemple, on s’attend à un genre d’édifice qui va oser des solidarités, qui va casser des préjugés et des évidences, qui va proposer quelque chose de vraiment nouveau comme penser et se donner les moyens d’un vivre ensemble : d’une éthique.

securité

> infographie Le Monde.fr

Mais en la matière, voilà bien longtemps que les pièces que ce gouvernement nous sert sont d’un goût douteux, fabriquées non plus par des metteurs en scènes inventifs et courageux mais par des public relation full time dont le rôle est d’animer et de relancer à tout prix le commerce international télévisé. Le phénomène n’est certes pas nouveau, l’école de Francfort nous l’avait prédit dès 1947, pensez donc. S’il n’est pas nouveau, du moins s’est-il radicalisé. Rien d’étonnant donc, à  ce que les pièces  – plutôt démontées – soient médiocres puisqu’elles sont vite faites et sans pensée par des dirigeants aux yeux et crocs rivés sur les nouvelles recettes qu’ils ont pu dérober au service public grâce à Nicolas Sarkozy, et ce, dans les grognements d’impuissance des syndicats dépités et affaiblis.

Voilà, Edvige est pourtant « chose » faite, avec en prime un prénom humain sacrifié, un de plus, immolé sur l’autel de la politique de l’anti-démocratie. Oui, en effet il existe aussi Ariane, qui n’est plus seulement la fusée et ma cousine mais – grâces aux mêmes politiques sus cités – le suppositoire sécuritaire, réunion des fichiers majeurs de contrôle social STIC et JUDEX. Nous voilà avec deux prénoms de femme esquintés pour quelques dizaines d’années je suppose, mais qui sait ? Deux prénoms de femmes que de plus en plus de personnes (la loi est en effet peu précise sur le sujet) pourront consulter comme on consultait les oracles en Grèce ancienne, avec bien sûr le degré de pertinence et de précision que l’on peut attendre d’un SGBDR (système de gestion de base de données relationel) digne du XXIe siècle largement en réseau.

Pour l’heure, voici ce qu’on peut lire ces jours-ci dans Le Monde : « Le fichage des mineurs de plus de 13 ans suscite l’indignation » LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 02.07.08 | 18h55  •  Mis à jour le 02.07.08 | 19h49
///  je cite ci-dessous :
« La sortie du décret officialisant la création d' »Edvige » suscite la polémique. Ce nouveau fichier appelé « Exploitation documentaire et valorisation de l’information générale » autorise le fichage des mineurs dès l’âge de 13 ans s’ils sont « susceptibles de porter atteinte à l’ordre public ».

Ce fichier policier est vivement contesté. Pour la Ligue des droits de l’homme, cette réforme est « incompatible avec l’Etat de droit ». Il s’agit « de cibler ceux que l’on étiquette d’avance comme de futurs délinquants hypothétiques. Le soupçon préventif suffit à justifier le fichage », déplore l’organisation.

Le premier syndicat d’éducateurs de la protection judiciaire de la jeunesse (Snpes-PJJ/FSU) a, quant à lui, dénoncé « la conception sécuritaire du gouvernement ». De son côté, le Syndicat de la magistrature appelle à la mobilisation contre un dispositif « particulièrement attentatoire aux libertés (…) d’inspiration anti-démocratique » et dit examiner « toute forme d’action juridique pour empêcher sa mise en œuvre ». »
///  fin de citation

J’ai mis ci-dessous les textes originaux des deux sources de l’article du Monde, et bien sûr aussi, celui du texte de loi. Je n’ai pas reproduit les propos de M. Alliot-Marie repris par l’article du Monde, jugeant qu’elle n’a – elle non plus – pas besoin de porte-voix.

L.D.A

>>> signer la pétition NON A EDVIGE : http://nonaedvige.ras.eu.org/ ou aussi http://malgretout.org/spip.php?article128

COMMUNIQUÉ LDH – Paris, le 2 juillet 2008
////////////////////////////////////////////
Après la rétention de sûreté préventive, le fichage policier des enfants de treize ans.
Par deux décrets publiés au Journal officiel du 1er juillet 2008, le gouvernement a accompagné la fusion des RG avec la DST d’une redoutable extension du fichage politico-policier des citoyens.

Le nouveau fichier, dit EDVIGE, mélange les personnes considérées par un policier comme « susceptibles de porter atteinte à l’ordre public » avec les militants associatifs, syndicaux ou politiques et en général tout citoyen sur lequel le gouvernement souhaite en savoir davantage : il s’insère en cela dans la tradition française d’utilisation politicienne de la police.
Mais avec EDVIGE, il ne s’agit plus, comme avec le STIC, de ficher les auteurs d’ « infractions constatées », mais, comme pour la rétention de sûreté, de cibler ceux que l’on étiquette d’avance comme de futurs délinquants hypothétiques. Le soupçon préventif suffit à justifier le fichage.

Et il y a pire : désormais vont pouvoir être eux aussi « tracés » comme futurs délinquants présumés les enfants, dès l’âge de treize ans, que les policiers considèrent comme potentiellement dangereux.
La ministre de l’Intérieur a prétendu se justifier en invoquant l’âge auquel des sanctions pénales sont désormais possibles, argument qu’a balayé la CNIL en faisant observer que ce fichier « ne revêt aucune finalité de police judiciaire ». Mais cela n’a pas arrêté le gouvernement un seul instant : poursuites pénales et fichage policier préventif sont devenus une seule et même mission dans l’esprit des gouvernants français. La séparation des pouvoirs progresse à pas de géants…
Dirigeables équipés de caméras surpuissantes pour filmer les banlieues, prison préventive à vie après la fin de l’exécution d’une peine, extension massive des fichiers d’empreintes génétiques, et à présent fichage d’enfants de treize ans désignés d’avance comme futurs repris de justice : le contrôle social tient lieu de politique sociale, et le « plan Marshall » annoncé se transforme en « plan Orwell ».

La Ligue des droits de l’Homme considère ce niveau de surveillance des citoyens, généralisée parfois, discriminatoire souvent, comme incompatible avec l’état de droit. Face à des gouvernants qui se réclament du libéralisme, elle rappelle aux citoyens la prédiction de Thomas Jefferson : « Quiconque est prêt à sacrifier sa liberté pour un peu de sécurité provisoire ne mérite ni l’une ni l’autre et perdra les deux ».
[ source : http://www.ldh-france.org/actu_derniereheure.cfm?idactu=1733 ]

COMMUNIQUE DE PRESSE SNPES-PJJ/FSU MINEURS, SYNDICALISTES : TOUS SUSPECTS !
////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////
Encore une fois, après un fait divers médiatisé (en l’occurrence, l’agression d’un jeune homme à Paris dans le 19ème), le gouvernement instrumentalise la situation pour créer un fichier supplémentaire.
Par décret daté du 27 juin 2008, un traitement automatisé nommé EDVIGE, permettra de recenser les individus, groupes, organisations et personnes morales qui sont susceptibles de porter atteinte à l’ordre public et ce, dès l’âge de 13 ans.

Ainsi, sans qu’aucune infraction ne soit commise, des mineurs dès 13 ans seront fichés en raison de leur « activité » individuelle ou collective, sans aucune définition ni encadrement juridique de cette activité.
La conception sécuritaire du gouvernement actuel induit que les mineurs sont délinquants ou susceptibles de l’être de plus en plus jeunes et des réponses répressives sont instaurées. Ce fichier a la même logique que le projet de directive européenne initié par la France de mise en rétention des mineurs étrangers selon les mêmes modalités et la même durée que les majeurs. Cela augure des propositions de la commission VARINARD de réforme de l’ordonnance de 1945 sur les mineurs délinquants avec la responsabilité pénale dès 12 ans (et le risque de voir abaisser à cet âge l’incarcération) et la quasi suppression de l’excuse de minorité.

Mais ce fichier EDVIGE concerne aussi les personnes « ayant sollicité, exercé ou exerçant un mandat politique, syndical ou économique ». C’est la répression de l’action politique et syndicale et sa pénalisation éventuelle qui s’organisent ainsi.
Toute personne présentant un risque de contestation de l’ordre établi, par son activité organisée (syndicaliste) ou par sa position d’adolescent prompt à agir en dehors des chemins balisés est possiblement un délinquant et doit être repérée et fichée.
Nous n’acceptons pas cette conception de la société et nous continuerons à nous battre pour refuser cette politique.
[ source : http://snpespjj.fsu.fr/Com_de_presse/fichier-edwige.pdf ]

Le texte de loi : http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000019103207&dateTexte