Tir de flashball à Montreuil : des policiers mis en cause par la « police des polices »

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© AFP – Un membre du groupement d’intervention régionale (GIR) en possession d’un flash-ball, le 16 juillet 2002 à Nanterre

De Luc OLINGA (AFP) – Il y a 2 jours :

BOBIGNY — Des policiers n’ont pas respecté les règles d’utilisation du flashball lors d’un tir qui a coûté un oeil à un homme de 34 ans, le 8 juillet à Montreuil (Seine-Saint-Denis), selon l’Inspection générale des services (IGS), la « police des polices ».

Dans la journée du 8 juillet, de violents heurts avaient opposé des membres des forces de l’ordre et des manifestants soutenant les occupants d’une clinique désaffectée expulsés à Montreuil. Joachim Gatti, 34 ans, qui participait à ce rassemblement, avait perdu un oeil à la suite d’un tir de flashball.

La préfecture de Seine-Saint-Denis avait indiqué que les policiers avaient riposté aux projectiles des manifestants en utilisant ce pistolet à balles en caoutchouc non perforantes. A dix mètres de distance, sa balle fait l’effet d’un uppercut donné par un bon boxeur.

« Il y a eu un non-respect des consignes d’utilisation de flashball. Certains policiers n’ont pas respecté les règles », écrit l’IGS dans son rapport transmis au juge d’instruction le 31 juillet, selon une source proche du dossier.

« En l’espèce, certains porteurs de flashball n’ont pas respecté les distances de sécurité et les parties du corps à éviter », souligne l’IGS, compétente pour Paris et la petite couronne.

L’IGS « veut dire qu’il y a eu une bavure, une faute de la part de la police », a commenté une autre source proche du dossier.

Le directeur départemental de la sécurité publique (DDSP) de Seine-Saint-Denis Jean-François Herdhuin, en poste depuis environ un an, aurait quitté ses fonctions début août, d’après des sources policières. Il aurait été poussé vers la sortie en raison de sa gestion contestée de cette manifestation, d’après le quotidien Le Parisien.

M. Herdhuin n’était pas joignable mercredi. D’après son secrétariat, « il est actuellement en vacances et rentre fin août ».

« La mutation du directeur de la police montre qu’au plus haut de l’Etat on ne cautionne pas l’usage inconsidéré du flashball », a réagi Dominique Voynet, la sénatrice-maire (Verts) de Montreuil.

Comme d’autres élus, associations et syndicats de gauche qui réclament un moratoire sur le flashball, Mme Voynet estime que cette arme « dangereuse » peut « provoquer des handicaps irréparables et ne contribue pas à la tranquillité publique ».

Face à la multiplication de blessures graves occasionnées par des tirs de flashball, la Direction centrale de la sécurité publique (DSCP) a adressé en mai une note aux divers directeurs départementaux leur rappelant les « règles impératives » d’utilisation de cette arme, considérée comme non létale.

Y sont rappelés le respect des distances minimales, « pas moins de sept mètres », l’interdiction de viser « au niveau du visage ou de la tête » et la nécessité d’une utilisation « proportionnée » aux faits et liée à la légitime défense.

« Il n’y a pas encore eu de mise en examen. L’instruction essaye d’identifier l’auteur du tir de flashball », a assuré mercredi à l’AFP une source judiciaire.

D’après le quotidien Le Monde, l’auteur du tir indexé est un policier de la brigade anticriminalité (BAC), qui « ne se trouvait pas en situation de légitime défense ».

Le parquet de Bobigny (Seine-Saint-Denis) a ouvert une information judiciaire fin juillet contre X pour « violences ayant entraîné mutilation et infirmité permanente sur l’une des victimes, qui a perdu un oeil, et pour violences par personne dépositaire de l’autorité publique ».

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