Montaigne fait de l’art une quête, de sa vie l’aventure d’écrire et d’atteindre la clarté, il fustige croyances et religions, il est d’une telle actualité malgré cinq siècles d’âge… Un acteur engage son corps entier qui court, trotte sur une ligne de temps, glissant d’une idée l’autre, jusqu’au vert gazon où la plaisanterie s’arrête. Grande idée du théâtre que ce vivant spectacle. On sort heureux d’avoir été effleuré par une pensée, par tant d’humanité, et, inestimable : on en sort un peu plus libre.

Montaigne – Nouveau Théâtre de Montreuil – salle Maria Casarès à Montreuil. Adaptation : Olivia Burton et Thierry Roisin. Mise en … Plus

Un espace et un temps en marge d’une vie électrique trépidante. Une vaste maison accueillante, un étang, un parc. Un havre de paix pour des gens comme vous et moi, mais fous, c’est-à-dire un peu plus que vous et moi. Jean Oury, puissant double de Félix Guattari, à eux deux peuplant une multitude. Une équipe qu’on découvre, soignants dont on sent que la fonction institutionnelle est relative et la présence d’individu essentielle. A chaque instant l’utopie et son bonheur palpables dans l’espace du langage.

“La Borde ou le droit à la folie”, film d’Igor Barrère (1977, 60’)

Un étang des chevaux. Une grande maison-château des arbres bruissants d’oiseaux en pagaille. Des fous des ritournelles des soignants se promènent dans le parc alentour. Surgie de l’intérieur une étrange créature, un danseur paysan en guenilles apparaît. L’aria d’une cantatrice crève l’air et lui, cherche dans ses entrailles les gestes enfouis d’une humanité bouleversante/bouleversée et/qui les trouve, les forme, nous les donne.

“Min Tanaka à la Borde”, film de Joséphine Guattari et François Pain (1986, 25’) sur la danse Butho de Min … Plus

Il est des esprits libres qui pensent et concoivent leur pratique comme ils l’entendent. Ron Arad est de ceux-ci, qui revendique « No discipline ». Le paradoxe de ses sublimes objets, parfois pièces uniques, souvent réalisés à tirages réduits, pour l’essentiel des chaises, fauteuils, canapés ; est qu’ils sont des artéfacts du repos. J’ai quitté l’exposition avec la drôle de sensation que se (re)poser serait bientôt non seulement devenu un luxe inabordable mais un fantasme inaccessible.

Exposition Ron Arad, jusqu’au 16 mars 2009, Centre Georges Pompidou – espace 315

Caos Calmo : comme une pédagogie de la réversibilité (ou non) des choses, processus, êtres et de leurs sentiments : de quoi réveiller la question de l’envers, du contraire, de l’éversion. Mais surtout s’installe une gracile suspension du temps – c’est là le centre du film si bien servi par Nanni Moretti – son point de rotation. Une agaçante intrigue politique prétexte puis une scène de sexe sortie de nulle part nous laissent mi figue mi raisin. Avec cette certitude que le parmesan est de trop sur les broccoli.

film d’Antonello Grimaldi – 10 décembre 2008