Je vous l’accorde, le titre d’Amélie Nothomb est bien meilleur que le mien. Mais c’est pourtant dans ce sens que j’ai eus à l’éprouver la nuit dernière. J’avais travaillé tard et me suis couché vers 1 heure du matin. J’étais encore dans les limbes lorsque la terre a tremblé, vers 1 h 20. J’ai senti mon lit se déplacer horizontalement, comme si quelqu’un était entré dans ma chambre avec l’intention de me faire tomber du lit en le secouant D’un bond, j’étais debout, pieds nus sur le sol qui vibrait, dans un bourdonnement enveloppant tout l’espace, qui grondait. Tremblement. L’immeuble grinçait, un BRRRRRRRRR glaçant et flippant. Stupeur. J’ai couru allumer la lumière dont l’interrupteur est à l’autre bout de la chambre. Il n’y avait personne dans ma chambre, il fallait que je le vérifie. J’ai regardé par la fenêtre, oui, l’échafaudage est toujours là s’il faut sortir fissa. Et puis plus rien. En quinze secondes, le silence à nouveau.
Ne parvenant pas à trouver le sommeil, j’ai écouté de la musique, mais l’inconfort de savoir que je n’entendrai pas si une autre secousse survenait, j’ai posé les écouteurs et cherché sur le web : « tremblement de terre Ouzbékistan » et l’un des premiers liens m’amène à une application qui recense tous les séismes et éruptions volcaniques : « Volcanoes & Earthquakes » par un réseau de capteurs.
L’écran de monitoring indique bien un tremblement de terre de magnitude 5.4 au Kirghizstan, à quelque 180 km d’ici à vol d’oiseau, dans le Ugam Chatkam National Park à cheval sur la frontière des deux pays. Je vois que la secousse a pu être fortement ressentie, car elle ne vient pas d’une grande profondeur : 10 km (quand même me direz-vous, oui, mais c’est apparemment peu en la matière : les plus profonds vont jusqu’à 700 km).
Je vois que l’application récolte les données des personnes qui ont ressenti le tremblement de terre. Il faut saisir son adresse précise, et renseigner le type de vibrations ou secousse, la durée estimée. Ensuite, on peut voir les autres témoignages. Ils décrivent sensiblement la même chose que moi, un événement d’une durée de 10 à 15 secondes, pas plus, mais intenses et bruyantes. Ensuite, il y a le contexte, la résidence ici n’a que deux étages, mais certaines des personnes habitent un immeuble de 18 étages et plus on prend de la hauteur, plus la flexion est importante. Very scary comme disent les anglophones.


J’en parle ce matin à mes collègues : « Ah non, je dormais à cette heure-là… » ou « Ah oui, c’était un petit et assez bref » ou « Ah oui, c’est vrai, mais on a l’habitude… »
Vrai qu’ici les séismes, c’est deux à trois fois dans l’année alors… Mais ce qui a continué de me préoccuper toute la journée, c’est ce sentiment d’une présence massive dans la chambre, d’une présence qui prend toute la place, tout le volume, et que, plongé dans le noir encore, je la soupçonnais de secouer mon lit. Jamais connu ça auparavant. Un autre tremblement de terre, oui, j’ai connu, au petit déjeuner dans la maison de mes parents en Haute-Savoie, je devais avoir 16 ans. La lampe suspendue du plafond au-dessus de la table s’est mise à se balancer toute seule et à tournoyer un moment, ma petite cuiller a gentiment vibré sur la table en formica striée de veines grises et blanches. Voilà, c’était fini. Mais là… Cette présence ! Stupeur et tremblements.
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