Alerte rouge !

Alerte rouge ! Nous avons appris que l’Alliance Française n’avait plus de lieu pour nous accueillir, maison fermée pour sécurité défaillante, décision prise par son propriétaire, l’Ambassade de France à Tashkent, qui ne peut pas prendre de risque avec les conditions d’accueil de son public et on le comprend. Des travaux seront nécessaires, mais difficile de savoir de quel ordre, on parle de renforcement de la structure, de normes d’électricité… toutes nécessaires pour la rouvrir à nouveau, mais il faut de toute façon un état des lieux précis, des devis, planifier les travaux…

Bref, nous n’avons plus de lieu pour donner notre performance de lecture à 40 lectrices et lecteurs avant mon départ le 16 décembre 2025… On organise fissa une réunion pour trouver un plan B, voire un plan C, on est le 7 novembre, à trois semaines de l’événement, c’est mieux que la veille bien sûr… Et c’est aujourd’hui mon anniversaire ! Un clin d’œil du destin ? « Rien n’est jamais acquis à l’homme… » tout ça…

On se retrouve au Cake Lab café le soir même pour envisager la suite. De mon côté, je propose qu’on organise la lecture dans le jardin botanique de Tashkent, qui serait un bel écrin pour « Nous, les arbres… ». L’idée du lieu plaît beaucoup, il y a des pavillons et des serres, car en extérieur, de nuit, il fait beaucoup trop froid maintenant, il nous faut aller les visiter. Du côté d’Alice et Adrien de l’Alliance et d’Ashot, poète, musicien et enseignant à l’école de cinéma de Tashkent, a germé l’idée de tourner un film, un clip plus exactement, à partir du seul enregistrement des chœurs de « Nous, les arbres… », soit la moitié du poème, ne conservant donc que la lecture de la liste des arbres…

Évidemment, amputer le poème du plaidoyer transforme radicalement le projet et ne m’enchante pas… Je trouve cependant l’idée intéressante de faire une vidéo avec la liste des arbres, au jardin botanique, mais je maintiens que je souhaite, indépendamment de ce projet-ci, trouver un lieu et une date pour la lecture-performance du texte complet, plaidoyer et liste des arbres, puisque nous serons prêts très bientôt. On se quitte là-dessus, Adrien qui a disparu un moment revient avec un gâteau et six bougies… Délicate attention ! Rendez-vous est pris pour aller ensemble le lendemain matin au jardin botanique.

Après cette réunion de crise, je retrouve Eugénie, ma jeune collègue de français, au Chestniy bar, elle me propose d’y fêter mon anniversaire de dinosaure devant une bière et quelques shots de vodka à la prune. Quelle bonne idée ! C’est le moment idéal.

C’est un bar ouvert toute la nuit, ambiance néopostsoviétique, tenu et fréquenté par de jeunes russes sympathiques aux allures de gros bras tatoués, qui jouent à MMA sur écran géant en buvant de la bière, mais qui mettent en pause leur fight pour t’aider en anglais à comprendre la carte, avec le sourire. Your welcome ! Oh, you are french ! Glad to meet you ! What would you like to drink ? You could also try this one ! Do you want to taste mine ? Des gentils aux allures de méchants, c’est bien mieux que le contraire.

Eugénie vient ce soir de l’autre bout de la ville, moi non, je l’attends donc un peu et j’ai le temps de faire ma place ici. La musique est bonne, des rythmiques Ouzbèkes teintées d’électro, pas trop forte, juste bien. Lorsque je reviens des toilettes, elle est là et a installé un minigâteau d’anniversaire fait de 3 Bounty piqués chacun d’une bougie dont chacune vaut 22 ans. Lucioles sautillantes dans un tunnel devenu subitement noir. Merci Eugénie !

Le barman qui a vu les bougies, nous offre une tournée de Vodka prune, et puis le temps passe et il nous faut rentrer au campus de l’université et dormir !

Demain matin, c’est rendez-vous au Jardin botanique.

L’endroit est assez excentré, loin du centre-ville, faire venir ici un public d’étudiants, mais pas seulement, ne serait pas chose aisée… Un vaste bois aux arbres magnifiques, séculaires pour nombre d’entre eux. Beaucoup d’essences connues chez nous également : Platanes, Fresnes, Chênes, Bouleaux, Hêtres, Cyprès… Quelques pavillons distribués sur plusieurs allées de promenades familiales. À l’opposé, le Zoo, qu’on ne visitera pas. Quelques mini-cafés avec quelques tables. Quelques folies dans lesquelles s’assoir à l’abri. Et une butte, depuis laquelle on voit la ville en extension, grondante, à quelques centaines de mètres seulement.

Le matin, nous avons parcouru le jardin botanique en tous sens. Nous y avons repéré de magnifiques pavillons en extérieurs, couverts, idéals au printemps-été, avec des parterres pour y accueillir un public, mais pas en hiver, car les lieux y restent offerts à tous vents. Le Jardin Botanique propose aussi la location de différents espaces couverts à des tarifs corrects, en journée ou la nuit, pour des tournages justement. L’une des serres, la plus entretenue, est dans ce cas, elle ferait un bon endroit de tournage vidéo, mais sans la place nécessaire pour accueillir un public.

Nous partons déjeuner dans un restaurant japonais dans le centre, où chacun.e de nous est plus près de son quartier, nous devisons sur la possibilité d’un tournage, les cadrages, les prises de sons, les images, la diffusion, le format et durée, mais il nous faudrait un budget, et rapidement. Devant un café, nous le chiffrons avec Ashot qui connaît le domaine et ses tarifs, il nous faudrait au moins 2.500 euros en solution basse, et 4.500 en solution optimale.

Ashot puis Eugénie nous quittent. Nous poursuivons Alice et moi sur l’écriture de la demande de subvention. Description du projet, avantages pour les partenaires, retombées locales et nationales en termes d’image et d’économie. Si l’Ambassade avait un budget d’action culturelle à nous allouer, nous pourrions envisager ce projet sous cette forme, sinon, il nous faudrait nous tourner vers des acteurs publics comme la ville, la région, l’état, ou encore vers des sponsors privés, avec les risques de green washing que cela représente… Et sans compter que – pour toutes ces demandes – il est déjà un peu tard…

Je rentre au campus, mâchonnant les données de faisabilité des deux projets prallèles en tous sens. J’arrive à la conclusion que nous devons faire, comme prévu, la performance de lecture complète, avec ses deux textes, à 40 lectrices et lecteurs, comme mon texte « Nous, les arbres… » la prévoit et sans changer la date déjà prévue par l’Alliance. Ce sera le vendredi 28 novembre à 17 h 30.

À partir de là, tout est redevenu plus clair, il nous fallait « simplement » retrouver un lieu. Ce fut presque fait le lundi après mes cours, même s’il fallait encore en obtenir l’autorisation du recteur. Je suis allé en repérage au sur le site principal de l’Université des Langues du Monde (UZSWLU), pensant que là aussi, les arbres du monde y auraient leur légitimité. Je misais sur une salle d’exposition que j’avais déjà repérée, rectangulaire et spacieuse, mais avec une acoustique laissant à désirer, avec beaucoup d’écho… Mais à deux pas de là, le grand hall de réception, plutôt un lieu d’apparat, paraissait l’endroit idéal : vaste salle carrée d’environ 25 à 30 mètres de côté, bordée de quatre colonnes de type empire, montant du sol au plafond, au sol et au milieu deux larges tapis parallèles garnis d’une mousse interne et d’un revêtement gris clair de passage. Une acoustique adaptée, la lumière moins, car ce n’est pas une salle de spectacle, mais de passage.

Le soir même, avec Fathiddine, nous avons rédigé une lettre au recteur avec présentation du projet assortie de la demande d’autorisation à utiliser cet espace le temps d’une répétition et de la lecture, et de demande de mise à disposition d’une sonorisation, micros et amplificateurs. Il fallait attendre une semaine pour obtenir une réponse. Nous avions en réserve un plan C, la Human House où j’avais assisté à deux soirées déjà, dans un contexte d’espace très différent, mais possible, plus confidentiel, décontracté et local : une cour intérieure de maison toute de pisé traditionnel. On pouvait y faire des feus dans de grands braseros pour réchauffer l’atmosphère. La maison des humains pour accueillir le jugement des arbres, pas mal non plus…