Nous voici donc partis pour le mariage de Jamshidbek (« bek » à la fin de certains prénoms masculins signifie « le prince ») et son épouse Z. Un taxi de leur connaissance nous y emmène, son autoradio diffuse dans la voiture une belle sélection de chansons Ouzbèques, Russes et Kirghizes. Eugénie parle un peu avec lui en Russe, il est peu bavard, mais fort sympathique. On roule environ quarante minutes entre Khiva où nous avons notre hébergement et le petit village où se déroule la fête, traversant la campagne environnante d’Ourgench. La ville est âpre comme un tissu industriel dense et continu. Nous en sortons rapidement pour glisser de rues en rues, parfois de pistes en pistes, pour atteindre la salle située au cœur du village d’origine des deux mariés. Ici des puits devant les maisons, où l’eau est puisée pour les usages domestiques. Des jardins côtoient chacune d’elles, les engins agricoles, triporteurs, tracteurs, remorques sont au repos. C’est dimanche aujourd’hui.
Il est 17 heures, il fait encore jour, rien ne distingue de l’extérieur, le grand bâtiment de la salle polyvalente d’un bâtiment agricole comme il y en a quelques autres, mais à peine poussée la porte, le grand hall est déjà rempli d’amis, connaissances et voisins, tous les invités à la fête sont là. Nous y sommes d’emblée repérés comme des européens malgré nos Salam Aleykoum, les seuls sur près de 300 personnes. Une petite fille d’environ sept ou huit ans m’aborde dans le hall « Bonjour monsieur, comment allez-vous ? ». « Je vais très bien, merci, et toi ? ». Surprise ! Rires ! Ici, à l’école communale, le français y est enseigné dès les petites classes depuis très longtemps. Jamshidbek notre collègue l’a, lui-même, appris ici. Nous ferons connaissance ce soir-là avec deux de ses ancien.ne.s professeur.e.s avec qui nous composeront une table franco-ouzbèke et passeront un moment des plus agréables et chaleureux qui soient.
Nous avons diné comme des rois, les tables de mariage sont d’emblée couvertes de tous les plats ou presque, seuls le plat chaud et le gâteau de mariage sont servis au moment voulu. On y trouve des pickles de légumes lacto fermentés de toutes sortes : tomates, choux, cornichons, champignons, parfaits pour accompagner la Vodka ouzbèke disposée ici sur toutes les tables, avec l’eau pétillante, les sodas internationaux, le thé vert, le thé noir. On y trouve aussi les charcuteries toutes halal, les poissons fumés ou précuits et frits dont je ne suis pas encore parvenu à trouver le nom, certainement morue et saumon de Russie ou Turquie m’a-t-on dit. Du poulet précuit au bouillon puis grillé au feu de bois, et toutes sortes de fruits qu’on trouve ici toute l’année en production locale, car de très nombreuses serres permettent d’en cultiver partout : pommes, poires, framboises, cassis, mandarines, raisin bien sûr, pastèque et melon vert, tous gouteux et quelques ananas, sans doute d’importation. On picore un peu en discutant avec les autres convives de notre table, la seule à la composition mixte hommes et femmes et enfants, au contraire de toutes les autres. Lorsque nous sommes entrés, on nous a tout d’abord conduits à droite pour moi et à gauche pour ma collègue Eugénie, avant qu’on nous propose de composer une table de francophones, délicate attention.
Après le repas vient le temps de danser, la musique, depuis le début, nous invite régulièrement à nous dandiner sur nos chaises. La rythmique des chansons de mariage est diaboliquement dansante ! On entre en piste plusieurs fois, pris en charge par des groupes d’hommes pour moi, par des groupes de femmes pour Eugénie, ici la danse est joyeuse et énergique. On est invités tour à tour à danser au milieu du cercle, jusqu’à ce qu’un des danseurs s’avance lui aussi pour une danse à deux, face à face, on essaye d’apprendre les gestuelles Ouzbèkes, les déplacements, rotations sous les encouragements des autres tout autour. C’est très chaleureux, on se serre la main, se fait des accolades, tête sur l’épaule de l’autre et on reprend. Des verres et bouteilles de Vodka circulent, il faut boire cul sec, ce que je ne fais qu’une fois ou deux, et trempe mes lèvres les autres fois. Il faut rester clair et je ne suis pas entrainé à ce sport à risques. Si on se déplace un peu, on peut aussi danser dans un endroit mixte, assez fugace. Ici, les femmes qui dansent avec les hommes sont plutôt des danseuses professionnelles vêtues d’habits traditionnels de fête.
Puis vient le temps des petits discours de vœux aux mariés. Nous les prononçons en français et les ancien.ne.s professeur.e.s de français de Jamshidbek les traduisent. Sa mère et son père viennent nous nous saluer et nous offrir de gentils cadeaux pour affronter l’hiver qui arrive : un foulard Ouzbèke, un pull chaud et deux pains frais du village. S’ensuivent les photos où l’on pose avec les un.e.s et les autres. Les enfants particulièrement sont très en demande !
Comme je l’avais déjà remarqué au mariage précédent, la fête s’interrompt ensuite très rapidement, au moment où elle démarre tout juste dans un mariage en France. J’ai appris plus tard qu’en fait les mariés partent poursuive la fête chez eux, entre proches, dans leur famille.
Après avoir chaleureusement remercié tous et toutes, nous reprenons la route pour rentrer à Khiva. Notre chauffeur de taxi est resté à la noce avec nous, car c’est un ami de la famille. On s’arrêtera en chemin à l’entrée de Khiva pour un dernier verre, il est tout juste 21 h 00, heure au-delà de laquelle les bars ne peuvent plus servir de boisson alcoolisée.
Vous devez être connecté pour poster un commentaire.