Quel bonheur que la musique ! Celle de Keith Jarrett occupe une place de choix dans mes nuits, au point que j’en viens à les attendre avec une certaine délectation, allongé, casque sur les oreilles. Sa musique possède un charme tellement singulier, à la fois simple et fluide, léger et profond, entêtant parfois. Son ostinato agi comme un perforateur de temps, d’où sa musique renaît ailleurs, transformée. Ce musicien d’exception a commencé à jouer du piano à l’âge de 3 ans, il a donné son premier concert à sept ans et un récital de ses propres compositions à dix-sept…
Durant sa longue carrière (1951-2017), il a traversé la vie en poète et funambule, dans des styles aussi différents que le gospel, le jazz, (le ragtime et le free jazz en passant par le jazz-rock), la musique classique (baroque, classique, néo-classique et contemporaine), la musique folk (Restoration Ruin, 1968) et les musiques du monde (Spirits, 1985)… Le musicien absolu… Il aura joué avec les plus grands de son temps, Art Blakey (batterie), Charles Lloyd (saxophone), Jack DeJhonette (batterie), Cecil McBee et Ron McClure (basse), plus tard avec Charlie Haden (batterie) et Paul Motian (basse), Miles Davis (trompette) et bien d’autres à leur suite…
Parmi ses nombreux concerts solos celui de Sapporo (Japon) en 1976 est l’un de mes préférés (en vidéo ci-dessous), avec celui très célèbre et grandiose, de Cologne (Allemagne) en 1975. Et que dire de cet Encore From Tokyo (de l’album Sun Bear Concerts 1976)… Un enchantement… Et il en existe tant d’autres à découvrir ! Dans ces concerts dits « solo », il est seul, avec son piano, face au public. Devant lui aucune partition, il suffit de le voir jouer (particulièrement dans Last Solo – 1984) pour comprendre que c’est à l’intérieur que ça se passe. Il sculpte sa musique, fredonne, chante, accompagne le piano, et invente son chemin tout en le faisant. Du grand art.