À la montagne ce dimanche encore, et je ne m’en lasse pas. C’est un bonheur que d’être là-haut. Et puis cette équipe de guides de Go on foot est fabuleuse, accueillante, dynamique, drôle, attentive à chacun.e. Et on fait dans ce groupe à géométrie variable, à chaque fois de nouvelles rencontres, parfois d’un jour, parfois de quelques échanges sur Telegram, d’autres fois, on tient de longues conversations tout en marchant, ou aux pauses, y compris en français, car beaucoup d’Ouzbèkes l’ont appris. Aziz, rencontré ici, est historien et le parle très bien, il l’a appris dans l’université des langues du monde où je suis. Ana, ma collègue professeure d’espagnol avec qui nous avons déjà marché ensemble jusqu’aux cascades d’Ispay, est de la conversation, en français également. Elle comprend tout et le parle de mieux en mieux. J’apprends bien quelques mots d’espagnol, mais l’italien vient rapidement perturber mes tentatives : trop de faux amis entre ces deux langues pour mon cerveau qui fonctionne en rhizome à la proximité sonore plutôt qu’aux lexiques différenciés… On parle aussi pas mal anglais, avec les guides, et avec d’autres marcheurs ou marcheuses, comme ces jeunes amis Ouzbèkes très sympathiques, Jasurbek et Nigina qui parlent russe entre eux, et Ouzbèke avec les Ouzbèkes.
Nous avons pu atteindre le sommet après une élévation de 1000 mètres environ. D’abord empruntant un sentier de terre entre de rares arbres pour rejoindre, par une pente modérée, un col dans lequel nous avons trouvé les premières neiges, et d’où nous avons pu profiter d’une vue déjà panoramique, rendant les sommets enneigés très proches. Puis, nous avons poursuivi avec un environnement tout autre, de roches et rochers, bien pentu, mais avec beaucoup de prises d’aide pour les mains. Tout ce que j’aime en montagne. Le meilleur de cette ballade. Mais je ne savais pas encore ce que nous réservaient les guides…
Après une brève arrête sommitale plate et assez large, le sommet. Il était midi. Le froid s’est infiltré rapidement, car nous n’en étions plus protégés comme dans les rochers chauffés au soleil du matin et que nous nous trouvions maintenant exposés au vent. Je me disais que même après une bonne pause déjeuner, nous serions rentrés très tôt à Tashkent pour cette sortie…
Nous avons pris, selon les consignes de nos guides, une petite collation, nous disant que nous prendrions notre repas plus loin, en bas, après notre point de départ. Soit. Et nous sommes redescendus pimpants et heureux comme des enfants. Une fois au minibus, Yusuf nous a montré une autre montagne en nous disant, « Qui veut maintenant aller là-haut ? Nous y verrons le coucher du soleil et redescendrons ». J’ai d’abord cru à une blague, mais j’ai vite vu que c’était du sérieux.
À voir d’ici, c’est très enneigé, c’est certain. Ça n’a pas l’air d’être difficile, mais ce peut être vite fatiguant de marcher dans la neige… « Si vous ne souhaitez pas faire cette marche, vous pouvez attendre dans le minibus, on vous y retrouvera à la tombée de la nuit, vers 17h30 ». Mais ici, pas un rade où prendre un thé ou un café à plusieurs kilomètres, alors attendre dans le bus… Ana voulait y aller, moi je restais indécis, les amis Ouzbèkes étaient prêts eux-aussi à y aller. Alors, je suis reparti avec eux !
Pas beaucoup d’images à vous montrer. Nous sommes remontés de 1000 mètres à nouveau, mais tout de suite dans la neige cette fois. Pas mal de glissades, car même avec de bonnes chaussures, les crampons souples s’engorgent à chaque pas, qu’il faut frapper au sol un peu en biais si l’on veut garder de l’accroche. Mais retrouver la neige, sentir sa fraîcheur engourdir les doigts, envoyer quelques boules et rire ensemble, c’est si bon.
Une fois là-haut ou presque, il restait entre 100 et 200 mètres de dénivelé à grimper. Yusuf nous a proposé de voter pour un arrêt ici en faisant un feu pour se réchauffer et manger notre repas de midi (à 15h), ou bien de poursuivre jusqu’au sommet. Ce vote décisif a été commandé par la faim : les crocs, nous avions, et oui, un petit feu serait le bienvenu. Adopté. Nous voilà de-ci de-là à ramasser du bois mort sous les bosquets les plus desséchés alentour et à former un mur de pierres sèches pour contenir la taille du feu. Notre motivation a fait la différence. On a mangé ici, près du feu, dans le silence de la fatigue, çà et là quelques conversations éparses, quelques rires, le crépitement du bois qui se consume. On a regardé le ciel jusqu’au coucher puis on s’est remis en route. La descente a été épique et joyeuse, beaucoup de glissades plus ou moins contrôlées, à la lampe de poche ! S’attendre pour n’oublier personne dans la nuit maintenant noire. Retrouver le minibus, s’y caler, pour se réveiller à Tashkent deux heures et demie plus tard. Il faut vous dire que la veille, je n’avais pas fermé l’œil de la nuit. L’échéance de la lecture collective de « Nous, les arbres » se rapprochant, je ne parvenais pas à lâcher prise. Il ne reste que douze jours avant l’événement et encore beaucoup de choses à caler…


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