Mise à jour 22 décembre 2025 : Voir l’article sur la première mondiale de la performance collective de Nous, les arbres… à 40 lectrices et lecteurs à l’UZSWLU (Université d’État des Langues du Monde) le 28 novembre 2025 à Tashkent, Ouzbékistan
Voilà depuis décembre 2024 que j’avance le texte de « Nous, les arbres » un plaidoyer pour les arbres du monde, sous la forme d’une performance en cinq actes-continents et une coda. Une lecture chorale pour huit à seize lecteurs-lectrices et un récitant, d’une duré de 22 minutes dans cette forme, et environ 60 minutes en lecture intégrale pour un lecteur seul. La « musique » est composée ici des murmures des voix, des pluies, orages et forêts.
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Beaucoup de temps de germination pour ce texte et projet commencés l’air de rien, dans la queue de comète du confinement. J’ai à ce moment-là renoué avec les arbres, eux dont j’avais été proche, dans le grand parc de l’internat dans lequel mon ami Maurice et moi passions nos heures libres entre les branches des grands feuillus, derrière la chapelle. Puis parcourant été comme hiver les montagnes alentour sur lesquelles il était possible de grimper. Puis plus tard, lorsque, objecteur de conscience, j’étais affecté aux Eaux et Forêts d’Andelot en Montagne, dans le Jura. Une année entière, printemps, été, automne, hiver, à vivre chaque jour dans les bois, à planter des arbres et à entretenir les aires de repos en forêt. Une année, vécue dans un espace comme hors temps.
Aujourd’hui, le bois de Vincennes n’est qu’à quelques minutes à vélo de chez moi, il est devenu mon lieu de respiration, de ressourcement, de rêverie. Depuis décembre 2022, c’est tous les jours que je m’y rends, par les méandres de différents itinéraires, et la plupart du temps, marquant l’arrêt au pied d’un chêne, toujours le même, sans doute le plus jeune de tout le groupe de ses environs, d’un âge respectable vu sa hauteur, dix à douze mètres environ, et le diamètre de son tronc, de bien soixante dix à quatre vingt centimètres. Pourquoi cet arbre et non un autre ? « Parce que c’était lui, parce que c’était moi » ? Parmi tous les arbres, c’est celui qui, à chacun de mes passages, semblait m’inviter à rester un moment près de lui. J’ai mis beaucoup de temps à reconnaître ce sentiment qui ne va pas de soi : oui, un arbre est un vivant. Nous avons appris à nous écouter. Je lui ai fait la promesse d’un texte, il me fallait dès lors ne pas le décevoir, même si tout ça me paraît encore aujourd’hui bien irréel, je m’arrête toujours, plein d’excitation contenue près de lui, pour lui dire où j’en suis.
Durant ce temps de bourgeonnement, la nuit, j’ai beaucoup écouté Ernst Zürcher nous parler des arbres, des joies et vicissitudes de leur vie de vivants non humains, de leurs échanges avec d’autres vivants, de leur rôle dans le cycle de l’air et de l’eau. Grand marcheur, il pratique toujours le bivouac en forêt, comme il le faisait déjà dans son enfance. Ingénieur forestier, docteur en sciences naturelles, professeur et chercheur en sciences du bois, ses préoccupations sont scientifiques, mais son approche est aussi très sensible, c’est ce qui m’a tout de suite captivé. Il a secoué les certitudes de sa discipline lorsqu’il a présenté le fruit de ses recherches, particulièrement celles sur les influences des cycles de la lune sur les arbres. Grâce à lui, j’ai ensuite suivi la piste du botaniste Francis Hallé porteur du projet de (re)création d’une forêt primaire, puis celle de l’écologue forestière Suzanne Simard qui a montré comment les arbres communiquent entre eux.

Puis, d’autres voix encore m’ont accompagné dans tous les plis de l’écriture de ce projet, comme celles d’Anne Sibran qui porte si bien la parole des habitants des forêts d’Amérique du Sud, de Yannick Haenel à qui j’ai emprunté l’épilogue de mon texte, phrase que l’on retrouve aussi peinte sur les murs de La Parole Errante à Montreuil, de Philippe Aigrain, que je n’ai pas connu assez longtemps, mais qui nous a laissé en leg son magnifique livre « Jachère« , et puis le collectif Nous sommes Forêts, aux voix multiples et inspirées, celles de Thomas Brail et des Écureuils du GNSA vaillants gardiens des forêts, de Marine Calmet, infatigable avocate du droit des vivants non humains, d’Alessandro Pignocchi et Philippe Descola dans leur lumineux et facétieux ouvrage « Ethnographie des mondes à venir » qui nous permet de penser les devenirs possibles de notre monde.
Un grand merci plein de gratitude aux lecteurs et lectrices qui ont bien voulu donner leurs voix pour la lecture, parfois très épineuse, des 1.585 espèces d’arbres du monde* : Blaise D. – Morgane P. – Azelle D. – Hugo P. – Nathalie C. – Giulia C. – Virgile D. – Blaise S. – Natallia N.
- La liste des arbres du monde utilisée ici provient de la wikipédia, elle est sans doute très incomplète, ce n’est qu’une liste parmi beaucoup d’autres, toutes partielles…
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