

Alors voilà. On dit qu’on part. Par défi, par ennui, par envie d’y revenir aussi – mais revenir à quoi exactement ? Ce sera peut-être l’objet d’un autre post ? – Oui, tout ça est certainement contradictoire, mais les choses intéressantes le sont parfois, Pourquoi aller dans une ville qui n’est pas la plus belle, ni la plus dotée des trésors d’arts et de culture d’Ouzbékistan ? Il faut dire qu’il y a du niveau dans la concurrence avec Samarcande, Boukhara, Khiva… Pourquoi Tashkent donc ? Parce que d’anciens collègues m’ont invité à travailler ici pour trois mois, et parce que les projets menés avec eux sont encore à mon best off des meilleurs souvenirs de projets artistiques et culturels après quelques années.




Ému de me retrouver ici, je ne connaissais pas encore ce petit campus, mais c’est maintenant celui de mes amis et ex-collègues F. et G. Une fois qu’on a dit Tashkent ou « citadelle de pierre », on n’a pas encore dit grand-chose, ce n’est ni la plus belle ni la plus attractive des villes donc, mais c’est sans doute la plus magnétique. Avec ses 3 millions d’habitants et ses 2.200 ans d’histoire, elle est certes poussiéreuse, bruyante, souvent sous la cloche d’un smog épais, mais elle est comme aucune autre, un carrefour des langues, dialectes et cultures, et puis c’est la capitale. Et puis c’est Tashkent, dont ce qui reste d’arbres magnifiques nous donne une idée de l’opulente oasis qu’elle a dû être…
Sa population est une mosaïque composée en partie des habitants des pays voisins. Le Kazakhstan au nord n’est qu’à une dizaine de kilomètres de là. Le Turkménistan l’enserre par le sud-ouest, l’Afghanistan par le sud, le Tadjikistan par le sud-est et le Kirghizistan par l’est. Toustes circulent au travers de la plate-forme Ouzbèke, tous sauf les Afghans dont le pays est fermé pour cause de talibanisme. Seulement 2000 d’entre elles et eux se seraient installés à Termez (UZ) depuis une à deux décennies, entrées à quelques rares moments d’ouverture… ou d’inattention des gardes frontières.
Alors oui, de nouvelles constructions s’élèvent sans cesse, la poussière de béton qui va avec, le parfum des disques à découpe qui fument en tranchant l’acier du béton armé, les trottoirs mal ajustés, les canalisations qui fuient çà et là, un aéroport qui est passé en quelques années de la simple piste d’atterrissage équipée d’un couloir piéton et d’un tapis roulant à un aéroport international moderne et efficace qui ne laisse pas de marbre. Tashkent, ce sont aussi 55 marchés éternels aux fruits et légumes, viandes et fromages, ses bazars tous terrains, sa tour de communication so USSR, son glorieux métro suprême soviet. Mais sans doute et par-dessus tout, Tashkent a gardé de l’ancien temps, une fois qu’on s’enfonce en dehors des grandes artères automobiles, des pans entiers d’histoire. On y découvre des maisons, des vraies de vrai encore debout, construites par les colons Russes pour s’établir ici. Pour confirmer cette sensation, de vieilles Lada et Volga surgissent encore çà et là sans prévenir, vociférant encore de toutes leurs soupapes. Des camions Oural, UAZ ou Kamaz y sont encore en service, et pas essoufflés les forçats ! Une ville en mille-feuille, c’est par strates qu’on l’approche.
Ma « strate » pour trois mois, sera celle de l’université nationale des langues du monde. Elle forme enseignants, traducteurs, journalistes et spécialistes en philologie pour le pays. Aujourd’hui, environ 23 168 étudiants y apprennent près de 20 langues étrangères. L’université prépare chaque année des spécialistes dans 27 filières de licence et 19 de master.
Là, dans le plus petit des 3 campus, que compte l’ULM, se trouve le département de français. Ce site est aussi le plus ancien et le plus arboré des 3. La chance ! Il date de l’époque de l’occupation soviétique, c’était alors une université de Langue russe. Les bâtiments ont été rénovés en 1992, on y trouve également les départements d’Espagnol, de Portugais, d’Anglais, de Russe, de Japonais, de Chinois, de Coréen, d’Arabe. Les chambres des étudiant.e.s se répartissent en plusieurs bâtiments, et celles des enseignant.e.s sont regroupées en un seul, un restaurant cafétéria, aux horaires surprenants, le tout au milieu d’un grand espace vert.

En deux jours, je me suis installé, j’ai visité les lieux, été présenté à une foule de personnes, bu quelques litres de thé noir, toujours accompagné de délicieuses noix de cajou, d’amandes et de ces inimitables bonbons faits main, entre sucre et caramel. F. m’a accompagné, présenté et guidé partout. Sa conversation est un délice, quel que soit le sujet. Avec lui et G. on a parlé projets, ateliers, pratiques d’écritures, rencontres possibles. Hormis le guide Édito du Manuel B1 qui va me servir de boussole, tout reste à construire au fil des jours avec eux et les étudiant.e.s. La confiance et le climat d’abord et peut-être, un projet de lecture-écriture à plusieurs voix-mains ?
Le vice-recteur (chez nous le vice-président de l’Université) est un homme charmant et dynamique, il parle un français impeccable. On a parlé des projets possibles, je lui ai proposé de mener un projet collectif en poésie avec leurs étudiants et que l’on pourrait donner en public à l’université ou ailleurs. Lui m’a proposé l’idée de faire une Masterclass. Jamais fait ça, mais suis partant pour l’expérience. Il a aussi avancé l’idée d’écrire (ou d’initier) l’écriture d’un article à destination d’une revue scientifique, à plusieurs mains, à signature franco-ouzbèke. Je crois qu’on ne va pas s’ennuyer.
Demain, c’est dimanche et F., G. et moi partons en montagne pour la journée !
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