En ce jour de fête des professeurs en Ouzbékistan, nous sommes invités ce soir, avec quelques collègues, au mariage de la fille de l’un d’entre eux. Nous avons rendez-vous au « Renaissance », un restaurant de grande classe spécialisé dans les mariages.
Le déroulement des noces suit un protocole réglé. Les invités entrent les premiers, sont placés par les parents. Des collations sont servies, sans alcool, car si l’une des deux familles suit un islam rigoureux, son choix prévaut. Fruits secs, abricots, raisins, noix de cajou, noix de macadamia, pommes tranchées en fines lames les accompagnent. L’orchestre joue dès notre entrée dans la salle, des standards de jazz international. Puis la musique de l’orchestre cède la place à une autre, accompagnant la danse annonçant l’entrée imminente des mariés. Des danseuses vêtues de blanc, aux ailes moirées de libellules, essaiment à petits pas suspendus et légers sur la piste de danse. Pendant qu’elles volètent encore en piste, les mariés entrent, très lentement, car la robe de la mariée a une longue traîne. Ils vont traverser la grande salle pour rejoindre leur estrade et y trôner, le temps que les photographes prennent leurs clichés. Ils paraissent exténués, nous les verrons heureusement rayonnants un peu plus tard lorsqu’ils danseront avec les invités.
Le repas commence et il est ponctué de danses traditionnelles, interprétées à chaque fois dans un costume différent. Au menu, poissons fumés, saumon, truite, thon, un repas d’exception, car la mer est bien loin d’ici. Une multitude de plats couvrent la table, à des hauteurs différentes. Chacun compose son assiette comme bon lui semble. Fromages en fines tranches, olives noires. Charcuteries de toutes sortes. Des plats chauds s’ensuivent, un délicieux bouillon gras aux fines herbes et boulettes de viande, et le traditionnel plov. En fin de repas, la pièce montée fait son effet, elle n’est pas faite de choux et de caramel comme en France, c’est plutôt un gâteau à étages. D’après moi, il s’agit d’une base de génoise au chocolat enrobée d’un glaçage blanc.
L’orchestre a joué pendant très longtemps, enchainant des succès populaires Ouzbeks, Tadjiks, Moldaves, Roumains, Italiens, et les familles ont commencé à danser. Rejoints bientôt par les mariés, puis par les invités. Les parents de T. sont Ouzbeks et vivent à Moscou où ils travaillent, les parents de A. sont Ouzbeks et vivent et travaillent à Tachkent. Les deux familles sont de confession musulmane, parlant Russe, Ouzbek, Français.
Un nouveau groupe a assuré la fin de soirée, un chanteur culte des années 90 m’a-t-on dit, avec un bassiste, un batteur, un guitariste et un clavier. Grosse énergie, le tempo des musiques Ouzbèkes est démentiel, il ferait se lever un ours pour danser !
La soirée se poursuit avec un DJ qui passe du rap. Toutes les familles qui dansaient sur de la musique Ouzbèke restent en piste et continuent à danser sur le rap. Hommes, femmes, voilées ou non, de tous âges, et les ados et les enfants aussi. Quand la musique est bonne… J’aimerais beaucoup connaître, en France, le même niveau de tolérance culturelle et linguistique qu’ici. Après 2027 peut-être ?
Autre tradition : il est d’usage, lorsque les mères des époux dansent, que qui le souhaite parmi les invités leur donne de l’argent, qu’elles gardent dans leurs mains tout en dansant. Je me suis demandé si, plus qu’une contribution aux frais du mariage, ce n’était pas une façon plus symbolique de souhaiter la prospérité aux familles ?
Puis vient une séquence étonnante (pour moi) : les cadeaux aux mariés. Les mariés se tiennent en bout de salle et des hommes et des femmes qui l’ont prévu vont à leur rencontre, les bras chargés de paquets-cadeaux. Une animatrice (j’ai oublié d’en parler, mais elle est présente depuis le début pour annoncer les événements) lance une litanie de Salam Salam suivis du prénom de la personne qui se présente, à mots mi-chantés mi-parlés, sur une boucle musicale, et chacun de déposer ses cadeaux aux pieds des mariés et de les embrasser avant de regagner leur place. C’est un moment à la fois solennel et très joyeux.
Dans toute la ville fleurissent des établissements dédiés à l’accueil des noces. Tous rivalisent de brillance et de luxe, au point que le gouvernement a émis des recommandations aux familles sur les risques d’endettements, car en ville particulièrement, toutes les classes ne subissent pas l’injonction du faste avec les mêmes moyens, ni donc avec les mêmes enjeux.
Le mariage est une institution ici, car le mariage est un des moments parmi les plus importants de la vie, on dit ici qu’aujourd’hui, les mariages laissent voir l’héritage des traditions séculaires, celles du communisme russe, et celles de l’islam, le tout entre plusieurs langues. On dit aussi que de plus en plus de jeunes époux se sont choisis eux-mêmes.
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