Chorsu

Aujourd’hui, nous avons rendez-vous à Chorsu avec Murodbek, Gavhar et Begoyim. « Chorsu » est un mot persan, signifiant « carrefour » ou « quatre courants » il est aussi appelé Eski-Juva, c’est le plus vieux bazar et cœur battant de Taskkent, capitale de l’Ouzbekistan.

Nous avions prévu de longue date cette sortie et dans quelques jours seulement, je partirai. Tout le groupe n’est pas au complet, mais qu’importe, nous sommes quatre et motivés pour déambuler sous la pluie et le ciel est gris, nous tâcherons de rester plutôt à l’intérieur aujourd’hui. J’arrive par le bus en même temps que Murodbek qui habite tout près et on se dirige près du lieu de rendez-vous, où Begoyim nous rejoint rapidement. Elle a repéré il y a quelques jours, en bordure du marché, un hôtel-musée très singulier et nous a proposé d’en faire la visite. Après quelques échanges avec le propriétaire, il est convenu que nous entrions librement pour une visite.

On peut voir là une foule d’objets, accrochés aux murs ou exposés dans des vitrines le long des couloirs, tous sont issus de la longue histoire de l’Ouzbékistan. On se croirait un peu dans les réserves du château du docteur Müller, dans l’album des aventures de Tintin « L’île noire » du dessinateur belge Hergé. Cette impression est due à la grande variété des objets et au fait qu’ils relèvent d’époques, de styles et d’usages très différents… Ils nous sont ici montrés pêle-mêle, sans logique apparente. Des bijoux traditionnels Ouzbèkes, des téléphones soviétiques à cadran rond, des habits de fête colorés, chapeaux et manteaux, des récepteurs radio des années soixante-dix, des outres en peau de chèvre, des couteaux de bergers, des portes sculptées, et lors de notre pérégrination, c’est une chambre à coucher complète que nous traversons, avec lit à baldaquin (nous sommes aussi dans un hôtel).

On sort de là un peu sonnés. Le lieu est déroutant et saturé de signes, plein d’histoires silencieuses, si l’on songe un instant aux personnes qui ont vécu avec et autour de tous ces objets, on a vite le tournis. On entend même des musiques, des sons, des paroles, en plusieurs langues, des éclats de voix, des drames et des joies, tant de vies…

Nous cherchons depuis tout à l’heure un endroit où nous assoir et boire un café, on cherche un moment sans succès et finira par le trouver à l’extérieur du bazar, face à l’entrée de la Ko‘kaldosh Madrasasi, à l’enseigne du Caffelitto où Gavhar nous rejoint.

Ragaillardis par un café long et un cookie like, nous repartons en direction de Chorsu, d’abord par son centre, le grand dôme couvert, dédié aux viandes, aux légumes lacto fermentés et aux produits laitiers au rez-de-chaussée et aux fruits secs à l’étage. Conseillé par Murodbek, j’achète ici les fruits secs que je veux rapporter à la maison : les raisins secs longs et noirs, les abricots bruns goûteux, du thé de Samarkand (en fait un mélange d’herbes pour tisane). Toujours la pluie, la vraie, bien pour les sols et les arbres, un peu tristoune pour nous.

On butine ensuite en direction des boutiques de vêtements et de tissus. Je cherche pour ma fille des voilages en coton blanc et aux motifs de grenades rouges. Je pensais avoir trouvé à Khiva mais finalement sans succès. J’ai maintenant le souvenir que c’est peut-être à Boukhara que nous avions acheté les nôtres il y a quelques années. C’est dans ces deux villes que l’on trouve encore vivantes les traditions de tissage à la main, avec des motifs simples, dépouillés de toute fioriture. À Tashkent, curieusement, on ne les trouve pas !

Puis c’est l’heure de déjeuner et nous traversons justement une grande cour, bordée de part et d’autres de plusieurs restaurants disposés à l’abri sous des arches, les cuisines sont au bord de la place et c’est alléchant, on sert ici sans chichis les plats traditionnels Ouzbèkes à des travailleurs des environs. On a vite fait de s’installer à une table et de commander notre repas.

Puis, pas loin de là, on suit la petite rue de l’ancien Tashkent, aux jolies maisons anciennes, toutes rénovées, présentées comme le fleuron des temps anciens. Il semble que ce quartier soit bien peu habité. Il conserve toutefois, du fait qu’il soit piétonnier, un parfum de village bien agréable.

 

Déception pour nous tous mais particulièrement pour Begoyim qui se faisait une joie d’aller visiter le centre de la civilisation Islamique, fermé pour travaux pour plusieurs mois.

Deux amoureux s’enlacent sous la pluie au pied des marches.

Nous, on posera devant le bâtiment à notre tour, dans cette photo souvenir un peu penchée de Murodbek ;=)

Merci à Gavhar, Begoyim et Murodbek pour ces moments de partages, de rires et de découvertes, d’échanges de rêves et d’aspirations, de cuisine Ouzbèke, de résistance au temps maussade par la force de l’amitié.