De retour des limbes, après 4 jours de santé fragile, à errer çà et là, mi-fiévreux, pré-zombie : tourista sévère au retour de la montagne survenue sur une rhino-pharyngite récalcitrante depuis les huit heures de climatisation dans l’avion puis dans les voitures les jours suivants. Remarquez que pour la tourista, F. qui m’avait emmené dans son village natal, a, lui aussi, été malade. Lui suspectait la pastèque, moi la salade de tomate, ou plutôt l’eau de lavage des tomates. En trois cachets, la question était réglée. Pour la rhino, je trouvais peu d’amélioration malgré un traitement Doliprane régulier, et mes réserves s’épuisaient. J’ai passé mes trois premières journées de cours cahincaha. F. m’a convaincu d’aller consulter un otorhinolaryngologiste. Ce fut fait ce soir.
Une petite clinique locale fort bien équipée avec plein de spécialistes. F. y a salué son neveu, anesthésiste qui travaille là-bas. On entre avec F. dans le cabinet, je m’installe sur une chaise articulée. L’otorhino explore mes tympans, que j’ai vus pour la première fois de ma vie, sa caméra retransmettait l’image sur un double écran, un pour le patient, l’autre pour lui. Tympans nickel. Et ce fut le tour des cavités nasales. Là, je n’ai rien vu, car je devais regarder le plafond, mais j’ai compris que quelque chose clochait. F. m’a traduit « il y a beaucoup de pus », il faut faire une radio. Nous voilà descendus au rez-de-chaussée pour faire cette radio, c’est en fait une IRM. Scan de la tête et confirmation que le pu s’étend largement, surtout dans l’une des cavités nasales, assez spacieuses chez moi. Savoir que morve et pus y pussent y prendre leurs aises en rigolant m’a beaucoup affecté.

Quant à la tête de mort en bas à droite, quel gentil rappel de notre finitude, les Ouzbeks ont du goût et la distance de l’humour !
Il m’a proposé une ordonnance où il y préconisait une série de piqures à faire faire sur plusieurs jours par une infirmière, j’ai plaidé diplomatiquement pour des équivalents en gélules, je n’aime pas trop me faire injecter dans le sang des trucs que je peux prendre en cachets. Il a acquiescé en souriant, mais m’a toutefois recommandé un lavage par aspiration ici là maintenant dans son cabinet. J’ai accepté. Il a entré un tuyau dans chaque narine, l’une aspirante, l’autre envoyant un sérum physiologique (je suppose) et lorsqu’il envoyait le liquide, me demandait de dire le mot « coucou », en continu, je n’ai pas pensé à demander pourquoi « coucou » ? Ce mot, aurait-il un pouvoir particulier dans la langue Ouzbèke ? Je vais creuser la question. Mais je crois que la prochaine fois que je dirai « coucou », je penserai à cette situation désopilante. Lavage ou « coucou », je ne saurai le dire, mais je suis ressorti transformé, respirant à nouveau comme un petit oiseau.
J’ai entamé le traitement, d’origine russe, comme vous pouvez le voir. Les Bionorica sont des extraits de plantes, les autres, pure chimie. Je n’ai pas réussi à savoir ce que c’était, sans doute un truc qui combat l’infection, un autre qui répare ses effets indésirables, et pour le troisième, je verrai bien un truc qui régule les secrétions pendant la nuit. C’est beau le cyrillique, et très énigmatique. On peut faire des tas d’hypothèses.

c’est beau la médecine !