Sukok

Sukok est un petit village rural situé à 1 h 30 de voiture à l’est de Tashkent. Il est adossé à une colline dominée par une chaine de montagnes de 2000 mètres environ. F. et G. sont passés me prendre au campus, G. avait emporté des bouteilles d’eau en réserve, il est fortement déconseillé de boire l’eau du robinet en Ouzbékistan. Sortir de Tashkent est assez long, même un dimanche, une fois la ville traversée, c’est New Tashkent, extension urbaine de la première qui doit à terme accueillir l’installation des universités, des ministères. Un complexe olympique créé pour les jeux d’Asie de 1995 et 2005 et un nouvel Aéroport International sont déjà là. La ville enfle, se répend, grignote, dévore la plaine… avec un appétit sans fin. Puis sans transition, on traverse les plaines de champs de coton, puis les serres de culture, puis les vignes à mesure que l’on prend un peu d’altitude.

« Sukok doit son nom à « suv kuk », qui signifie « eau bleue », ou « suvи ок », qui signifie « eau blanche », reflétant la pureté et la clarté de ses sources naturelles. L’eau provient des pentes sud-ouest de la chaîne de montagnes Chatkal, jaillit de la source magique Chashma, se précipite dans le ruisseau Sukoksay et s’écoule par des tuyaux jusqu’aux maisons des villageois. » >>>

Nous nous sommes arrêtés en chemin à Parkent, chef-lieu du district pour faire le marché : pastèque, tomates, oignons. F. et G. recherchaient un raisin de table très particulier, et très prisé ici. Nous en avons finalement trouvé, mais seulement en cagette et non au kilo. Jamais je n’avais goûté un tel raisin : le grain est long, vert et roux, sa peau est tendue, il est croquant sous la dent, juteux et gouteux en bouche, un régal. Nous avons renoncé à l’acheter ici, mais en avons trouvé un peu plus loin auprès d’une productrice locale.

Le village de Sukok épouse la forme de la petite vallée, la plupart des maisons sont sur un seul niveau, construites en pisé, structure bois et remplissage de terre crue lissée. Idem pour les toitures, mais la dernière couche d’argile lissée a été – concession à la modernité — recouverte par des plaques d’acier ondulé. Outre l’agriculture et l’élevage, ce sont les maisons du thé qui fleurissent tout au long du torrent à l’eau fraîche. La classe moyenne de Tashkent aime venir ici trouver en été la fraîcheur des montagnes. On y mange également, en famille ou entre amis, dans de petites maisonnettes carrées au bord de l’eau, des shashlik (brochettes de mouton) accompagnées de tomates et d’oignons, d’aneth, de pastèque et de raisin. On y boit du thé, noir ou vert.

La maison du thé de grand-père Xoldar

Nous avons passé chez le grand-père Xoldar un moment des plus chaleureux et serein, accueillis par lui et sa famille. La fraicheur de l’air pur, bercés par l’eau qui court, et cette façon si étonnante (pour moi) de prendre le repas… Nous l’avons même prolongé d’une petite sieste parce que la position mi-assis mi-couché nous y invitait fort bien. Tout autour de nous, beaucoup d’arbres, noyers, peupliers, platanes. Il y a ici de l’eau toute l’année, même si en fin d’été, les sols sont au plus sec. Les grands arbres aux longues racines parviennent à rester verts, les petits survivent.

C'est la fin de l'été et le torrent n'a plus sa superbe du printemps, me dit-on.

Après nous être sustentés, nous avons gravi la colline qui surplombe le village, et rencontré un ami de F. ravi de revoir son ami d’enfance.

Un jujubier plein de fruits, petits sur cet arbre. Le fruit a un goût de datte, d’où son autre nom de datte chinoise.

 

De ce côté, les montagnes sont encore loin vers l’est.

 

En fin d’après midi, nous avons rejoint le groupe des conscrits de F. dans une autre maison de thé, plus bas dans la vallée. Là, nous avons mangé le plov avec eux, dans un décor similaire, mais tout autre : ici la cascade est construite, l’eau y circule grâce à des pompes électriques, des brumisateurs tentent de nous faire croire au torrent. Personne n’est dupe, mais personne n’en parle. Puis F. raconte ce souvenir : dans leur école communale de Sukok, ils avaient une maîtresse professeure de russe. À la fin de l’année, les enfants de la classe ne savaient toujours pas parler russe, mais la maîtresse, elle, parlait ouzbek ! Tous connaissaient cette histoire bien sûr, mais elle continue de déclencher l’hilarité des amis du groupe, 45 ans après.

Retour à Tashkent, avec un soleil orangé et voilé, nous sommes assez silencieux, chacun perdu dans ses pensées. F. et G. travaillent demain, moi dans deux jours.