Ispay sharsharasi – cascade d’Ispay

A 2 h 30 de voiture au nord de Tashkent s’étire le lac Charvak. À 10 km plus au nord encore, le dernier village tout au bout de la route : Ispay. Il est la porte d’accès à pied aux montagnes. Google Maps ne le connaît pas, pour le repérer, il vous faudra une application utilisable hors ligne, en activant seulement votre géolocalisation et en utilisant les excellentes cartes d’OpenStreetMap disponibles pour smartphones depuis MapsMe ou Organic Maps.

C’est là que le sérieux et dynamique club alpin de Tashkent « Go on foot » nous emmène ce dimanche. Le rendez-vous est à 4 h 30 au centre-ville pour un départ à 5h. Réveil prévu à 3 h 40 pour y être à l’heure, car il faut tout d’abord prendre un taxi depuis notre campus.  Il n’y a pas encore de transports en commun à cette heure-ci. Ça pique un peu, mais le plaisir d’être au cœur des montagnes est bien plus fort ! Merci à A., ma collègue professeure d’espagnol au campus, de m’avoir invité à rejoindre cette petite communauté de passionné.e.s de montagne.

Nous montons toustes dans le minibus, un peu embué.e.s de sommeil, nous nous saluons rapidement. Notre équipée est à vue de nez, répartie également entre hommes et femmes. Pas d’enfants ici, il faut dire que les 4 h de montée puis les 2 h 30 bien tassées de descente destinent plutôt la sortie à des adultes passionnés de montagne. Je suis clairement le plus âgé, mais essaie de le cacher derrière ma casquette. Je ne veux faire peur à aucuns de ces solides 25-45 ans avec la fragilité supposée de mon âge. Nous prenons place dans le Mercedes Sprinter très confortable, mais dont le rageur six cylindres essence-gaz donne des signes d’injection défaillante en ville, une fois sortis de Tashkent, il assure bien, ce qui écarte en principe le scénario panne dans le noir de la nuit.

Sur la route, il fait nuit presque tout le trajet. On verra le petit jour aux abords du lac de Charvak. On passe ensuite le check point d’entrée dans le parc national Utgam-Chatkal puis on arrive au village d’Ispay vers 7 h 30, par une route-piste qui subi visiblement chaque année les outrages de l’hiver.

La température ici nous rappelle qu’on n’est plus en ville et qu’à 1000 mètres, il fait très frais sans soleil. Les nuages sont nombreux, en groupes cotonneux, blancs et non menaçants. Le risque de pluie est faible, mais la consigne était de partir avec un vêtement de pluie léger, qui fait aussi bien l’affaire pour empêcher la fraîcheur de nous atteindre.

Assez parlé. Marchons maintenant !

 

 

 

Ici on prendra la pause déjeuner. Chacun.e a préparé son repas, sandwichs pour la plupart. Quelques fruits frais, chocolat, fruits secs et gâteaux sucrés. Les guides Yusuf, Temur et Odilbek nous offrent un thé délicieux, composé par leurs soins, de plantes séchées ramassées au printemps. L’eau est prise au torrent et bouillie sur leurs réchauds compacts au gaz. Tant que le soleil est là, il fait bon se poser une fesse sur quelques rochers, mais à 14h30 nous sommes déjà dans l’ombre et il nous faut redescendre.

 

Après 2 h 30 de voyage retour, commencé dans le jour finissant, puis rapidement dans la nuit, nous arriverons à Tashkent. L’ambiance est au calme dans le bus. Tout le monde est claqué, et on somnole toustes, bien calé.e.s dans nos fauteuils. La route paraît plus courte, comme souvent au retour. On a passé une journée magnifique. Peu d’échanges, hormis durant les pauses se poursuivant un peu lors des reprises de marche, en anglais pour celleux qui le parlent, car l’Ouzbek me reste encore impénétrable, hormis quelques mots simples que je choppe au vol, mais ne suffisent pas à construire du sens.

Après ces pauses, chacun.e marche à son rythme, variable selon montées et descentes, cailloux et poussière, photos et autres arrêts nécessaires. Le groupe s’étire, on rattrape les uns, se fait dépasser par les autres. Toujours dans une grande cordialité. Pas de masculinisme ici, personne pour bomber le torse. Héritage peut être du communisme soviétique, où comme en Chine, l’égalité homme femme y est installée. Mais cet héritage rencontre aussi fort bien la grande hospitalité Ouzbèque, qui réunit, accueille, prend soin des autres, particulièrement les étrangers. Un bonheur qu’on aimerait connaître en France, je me répète… On s’endormira le cœur dans les étoiles, en rêvant qu’on vole comme un aigle et que du ciel, on a vu l’ours, le léopard des neiges, la marmotte, et qu’on s’en est fait des amis.