Ce post arrive très en retard. Les événements se sont succédés puis précipités par ici : une master class à préparer et à donner fissa (mystère des urgences), les cours, les évaluations, le projet « Nous, les arbres », puis à seulement 3 semaines de la lecture publique, nous avons perdu notre lieu d’accueil prévu pour la lecture du 28 novembre, l’Alliance Française. L’ambassade de France à Tashkent qui en est la propriétaire, a été conduite à la fermer parce que cette vaste maison que l’Alliance Française lui loue, présenterait des risques structurels, gênants lorsqu’on reçoit du public…Alerte rouge pour l’équipe du projet, Alice et Adrien de l’Alliance, Ashot et moi. Je propose en plan B qu’on fasse la performance au Jardin Botanique de la ville, autre bel endroit pour nos arbres, eux de leur côté, projettent en plan C d’en faire un film, mais je vous raconterai ça plus tard.
Parlons plutôt de Khiva et du mariage de J&Z. Encore un oui, c’est celui de notre jeune et très sympathique collègue Ouzbèque, J. professeur de français ici et qui épouse Z, originaire du même village que lui. Un soir, il nous a donné un faire-part. Le lendemain, tout le monde au département de français ne parlait que de cet événement, disait l’urgence de faire des réservations de train et d’hébergement pour un groupe, toustes voulaient s’y rendre. Passé l’engouement premier, pas de problème pour y aller en partant le vendredi soir, mais le mariage ayant lieu un dimanche, impossible d’en revenir en train pour le lundi matin… et hors de prix en avion. Toustes ont des cours tous les jours de la semaine. Mais ce n’est pas notre cas : Eugénie, voyageuse au long cours et nouvelle enseignante de français langues étrangères, de passage ici pour 1 mois et demi, et moi, libres les week-ends et les lundis et mardi, un luxe. Oui, mais voilà : plus de places disponibles par le train, qu’à cela ne tienne, il reste le bus et il y a des places. Allons-y donc, pour le même prix. C’est juste 16 heures de route pour les presque 1.000 km jusqu’à la noce, à Ourgench, près de Khiva… Une paille.
J’étais encore motivé à mettre à profit ces jours d’affilée, faire un saut d’Ourgench, pour aller photographier les bateaux en rade sur le sable de la mer d’Aral. Virgile, passé par là dans sa remontée de la route de la soie il y a quelques années, venait de me dire qu’il ne pensait pas que ce tourisme du désastre valait de s’y intéresser. Les prix et le temps pour s’y rendre d’Ourgench : 6 heures pour 360 km en taxi (aller) jusqu’à Moynaq puis trouver une place dans un 4×4 pour la trentaine de kilomètres sur une piste de sable m’en ont dissuadé. Très chère la photo du désastre, je le regarderai de loin, ou pas.
Nous voilà donc partis avec Eugénie en bus. Mais après être sortis du taxi, je me rends compte que je n’ai plus mon téléphone, sans doute tombé de ma poche lorsque je sortais mes sacs sur le siège arrière. Sans téléphone ici, sans parler la langue, c’est une vraie galère. Pas de traducteur, impossible de joindre quiconque, pas de photos, pas de localisation, pas de réservation de taxi, bref… Eugénie appelle mon numéro, une fois, deux fois, trois fois. Le chauffeur finit par se demander quelle est cette sonnerie qu’il ne connaît pas dans sa voiture et rappelle, mais il ne parle qu’Ouzbèke et nous non. Incompréhension. Silence. On raccroche. Mais on a du coup son numéro de téléphone. On appelle G’ayrat qui lui l’appelle et conviendra d’un rendez-vous pour le récupérer, mais on est déjà en route dans le bus, et ça on l’apprendra beaucoup plus tard… Une partie du voyage dans le stress de me demander quelles sont les applications sensibles installées sur mon portable, les deux banques, les deux mails, et les mots de passe à remplissage automatique sur toutes ou presque… Depuis ma tablette, faire un repérage GPS du téléphone tant qu’il n’est pas éteint ? Verrouiller mon téléphone à distance ? Une bonne nouvelle dans la mauvaise nous arrive : je récupérerai mon téléphone mercredi matin au campus – Merci G’ayrat ! – d’ici là au moins, il nous en reste un…
Le bus donc, sans boire plus d’une gorgée toutes les quatre heures, la pause pipi étant rare. La sortie de Tashkent est interminable, files de camions et de voitures, lire est juste vomitif en bus. Pas souvenir que ces routes soient si fréquentées. Musique sur tablette, au casque, sièges confortables, mais non inclinables. Dormi par épisodes malgré tout, les cervicales et les genoux en vrac le lendemain, mais il fallait s’y attendre. La bête est vielle et couine quand elle perd son confort habituel.
Nous voilà enfin à Khiva à 15h. Il fait un grand soleil et sans aucun nuage dans le ciel azur du désert. La température est encore douce. Si heureux de revenir dans cette ville inclassable et hors du temps. Nous nous y étions arrêtés avec Nathalie et Brigitte en 2022 et ça nous avait beaucoup plu.
On dépose nos affaires à la petite pension familiale où on a réservé. On repart aussitôt arpenter la ville fortifiée, toute de pisé. Habillée de ce bel ocre doux de la terre d’Ouzbékistan… que je ne prendrai pas en photo aujourd’hui, car je n’ai plus mon téléphone, et que j’ai laissé l’appareil photo à la pension…
Je (re)découvre que l’entrée piétonne dans la ville est payante, avec ticket et barillets comme dans le métro. On prend le forfait deux jours avec toutes les entrées musées. On fera l’expérience que beaucoup d’espaces sont en supplément, mais bon, c’est Khiva, à qui on pardonne tout, elle est si envoûtante… On y restera trois jours, à la parcourir en tous sens et à toute heure, y compris dans la ville, beaucoup plus récente, qui se prolonge à l’extérieur des remparts, le long de ses canaux, places, routes et jardins.
Le dimanche soir, nous serons du mariage de J&Z, à Ourgench, non loin d’ici, en voiture, et dans un tout autre monde. À suivre…
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