Nous, les arbres… la performance

Le 28 novembre 2025 à 17 h 30 nous avons lu en public*, à quarante voix, « Nous, les arbres » en première mondiale à l’UZSWLU de Tashkent (Université d’État d’Ouzbékistan des Langues du Monde). Quel bel écrin que celui des langues du monde pour dire ce poème-plaidoyer-manifeste des arbres du monde !

Et quel temps suspendu… Paradoxale légèreté que la présence des voix lisant les noms des 1585 espèces d’arbres que toustes ici, public et participant.e.s, avons écouté et ressentie… Elle a été portée par le souffle habité des formidables : Nazokat Ozodova, Dilnavo Bahodirova, Gulsevar Sodiqova, Kamola Kadamboeva, Noilahon Olimjonova, Zebo Risqiboeva, Nafisa Ungarova, Farangiz Xudoyberganova ; Chexina Azimbaeva, Sevinch Qurbonalieva, Chodiya Umaralieva, Nataliya Yachkina ; Laylo Abdurahmanova, Mahina Ahmadjonova, Mahfuza Asrorova, Durdona Jumakulova, Murodbek Kazakov, Jasmina Matmurotova, Nilufar Rahmatova, Dilsora Ramazonova, Sevinch Rustamova, Begoim Samsakova, Dilsora Sulaymonova, Sevinch Techaeva, Gavhar Tuxtamurotova, Bahora Yakubova ; Sitora Azizova, Chirine Gafurova, Gulnoza Jalolova, Mahina Lutfulloeva, Dildora Mahamadjonova, Mahfuzar Rahmatullaeva, Dilchoda Tojihonova, Ismigul Halimova, Barchnoy Yuldacheva, avec les voix des huit lectrices et lecteurs du plaidoyer à mes côtés (dans l’ordre d’apparition) : Eugénie Audiard, Murodbek Kazakov, Mahfuzar Rahmatullaeva, Sitora Azizova, Gulsevar Sodiqova, Sevinch Techaeva, Mahina Ahmadjonova.

Mais n’allons pas trop vite ! Rembobinons le film du début ! La veille de l’événement : n’ayant pu obtenir la disponibilité des étudiant.e.s sur toute la journée du 28, mais sur l’après-midi seulement, nous avons décidé avec elles de nous donner directement rendez-vous sur le site dit du rectorat à 13h, dans l’espace dans lequel nous lirons. C’est le campus principal de l’université, distant de près de trois kilomètres du nôtre. Quinze minutes en bus par le 131. Deux heures ne seraient pas de trop pour faire ici tranquillement notre filage, non pas celui du texte que nous avons déjà expérimenté lors du workshop d’Ashot, mais des déplacements et regroupements par continents, en cercles ou folies dans l’espace, histoire de se l’approprier et d’en vérifier possibilités et limites.

De mon côté, j’avais rendez-vous le matin même à 10h00 pour installer et tester la sono (micros, ordinateur, table de mixage, amplis). Mais voilà, on me voit poser mes affaires dans le grand hall et un collègue de l’université s’enquiert très gentiment de ma présence ici. Je dis que j’ai rendez-vous avec le technicien audio-visuel qui m’y a donné rendez-vous ici même aujourd’hui à 10h00. Je l’ai rencontré avant-hier en fin d’après-midi avec mon collègue Faxhliddine de Litteraturniy.

Le collègue cherche à joindre le technicien, mais son smartphone est sur répondeur. Il s’enquiert alors auprès de ses collègues à propos de ce rendez-vous. J’ai le temps de prendre possession des lieux, d’en mesurer les dimensions, de vérifier que nos déplacements y seront fluides, de penser à une disposition des chaises, afin qu’elles ne soient pas trop invitantes, et pourtant là si besoin. Eu le temps aussi de réfléchir où placer les trois micros, et l’ordinateur qui diffusera la musique générative, sachant les prises de courant rares dans cet espace de passage.

Ah, il a des nouvelles, je me rapproche : « Alors, en fait, le technicien est actuellement occupé avec l’audio-visuel de la conférence internationale à l’étage et il ne sera disponible qu’à partir de 16h ». C’est moins ce retard annoncé qui m’a inquiété, que le « … à partir de 16h« . Car cela peut vouloir dire, aussi bien 16h que 17h30 ou 18h30 et pourquoi pas 19h30… puisque six heures de retard semblent compter si peu.

« A 17h30 nous commencerons ici une lecture à 40 personnes, le public sera là et installé avec nous dans l’espace. Nous devrions être une centaine au total, guère plus… » lui dis-je d’un air détaché… Je vois qu’il accuse le coup, et me dit avant de partir, « Ne vous inquiétez pas, je vais lui rappeler votre événement et son horaire ».

C’est drôle comme on s’inquiète inutilement d’un retard de six heures… Je décide que non, je ne m’inquièterai pas, je vais mettre à profit ce temps pour rédiger les remerciements que je compte faire pour la fin de la performance et me rend au café tout en haut du boulevard. J’y suis allé une fois déjà, entre deux rendez-vous, ce café-restaurant d’un autre espacet-temps, tenu par une famille Ouzbèke très sympathique, est un lieu hors-normes, fort chaleureux et accueillant. Abstraction faite du grand boulevard à 2 fois 4 voies qui le borde, on pourrait se croire dans un village de montagne. On y prépare le plov et les shashlik le midi, et on y sert thé ou café tout le temps. C’est son côté sans soucis, que je viens chercher ici, c’est un vrai refuge !

À 12h, reste à faire les courses pour le buffet de l’après lecture, car l’Alliance Française, comme convenu avec Alice, en apportera la moitié, et moi l’autre moitié. Courses rapides au Korzinka tout proche avec Fathiddine qui m’attrape en voiture sur le boulevard, nous avons fait la liste ensemble, il y a quelques jours.

À 13 heures, de retour ici, et puis tout a été très rapide. Saluer tout le monde et chacun.e, oui, nous commencerons quand tout le monde sera là, tout va bien – je ne dis pas un mot sur la sono qui n’est pas là – inutile d’en rajouter, d’autant que l’on peut déjà installer la trentaine de chaises à disséminer dans l’espace. Faire des photos ensemble, rire, aller chercher un peu d’eau, installer les lumières, de petits falots diffusant des étoiles au plafond. Poser les QR codes imprimés (voir en fin d’article) permettant au public de télécharger la version originale (FR) et les versions traduites de « Nous, les arbres… » en Ouzbek (UZ) en notation latine ou cyrillique, en Russe (RU), en Anglais (EN). Repérer ensemble les folies au sein desquelles les lectrices se retrouveront par continents pour lire. Mais où placer la sono ? Sans savoir de quoi exactement nous disposerons vraiment, la question est prématurée…

Attendons, les arbres sont infiniment plus patients que nous, faisons un pas de leur côté à chaque occasion. Tout le monde est là maintenant, nous pouvons commencer notre filage, conduit par Eugénie et moi, elle apporte une clarté et une précision que je ne suis plus en mesure de trouver.

À 16h15, le technicien audio-visuel et la sono arrivent, elle sera installée près des prises disponibles, le câblage n’est pas assez long pour l’emmener au cœur de la salle. La solution semble lui convenir, c’est son métier, lui faire confiance. On installe les piles AA neuves dans les deux micros voix Shure sans fils d’excellente qualité, le troisième, lui, est à fil et d’ancienne génération. On fait l’installation et les réglages en 15 minutes, ce qui nous laisse 30 minutes pour affiner, car je voudrais que les sept lectrices et lecteurs du plaidoyer puissent tester leur voix sur les couples micro-enceinte pour s’y accoutumer et y entendre leur voix en situation, et j’aimerais qu’on ait ensuite une demi-heure de tranquillité.

À 17h30 nous sommes prêt.e.s. C’est par un mot d’accueil chaleureux du recteur de l’UZSWLU, M. Tukhtasinov Ilkhomjon Madaminovich, suivi d’un mot d’Adrien Houguet vice-président de l’Alliance Française, que s’ouvre la lecture.

Le générateur musical « Readymade » de Martin Brinkmann tourne déjà dans les enceintes. C’est à nous.

Des trente minutes environ qu’a duré notre lecture collective, nous n’avons pu conserver que ces quelques images, prises en photos ou prélevées aux courtes séquences vidéos, et quelques secondes seulement d’enregistrement audio… C’est bien peu en regard des deux temps parallèles de lectures, le poème-plaidoyer d’une part, et la liste des arbres d’autre part, qui s’entrecroisent et se recouvrent alternativement. Mais n’est-ce pas le destin de toute performance que d’être et de rester éphémère ? Une expérience collective vécue, unique et non reproductible ? Ces images disent, je crois l’essentiel de ce moment fragile, suspendu, qui nous a laissés heureux, sereins et transformés…

Puis vient le temps des remerciements chaleureux.

Puis celui des photos souvenirs et du buffet de l’amitié.

Merci du fond du cœur, au nom de toute l’équipe du projet « Nous, les arbres… » : Adrien et Alice de l’AFT ; Fathiddine, G’ayrat, Faxriddine et à ma collègue Eugénie comme moi de passage ici à l’UZSWLU.

A vous toutes et tous du public, amis, connaissances, étudiant.e.s, collègues, amateurs des langues, de poésie et des arbres, d’ici et d’ailleurs, merci pour votre présence et votre joyeuse participation ! Vous avez fait de ce moment une vraie fête ! Katta Rahmat !

Merci à vous toustes, étudiant.e.s de première et deuxième année de français de Litteraturniy qui avez prêté vos voix et vos émotions, à eux, les arbres. Vous avez patiemment cherché à entendre, à comprendre, à ressentir, vous y avez mis du cœur et de l’esprit, de l’engagement et de l’énergie, votre joie contagieuse et votre attention sensible ont fait le reste. Katta Rahmat pour les étoiles que vous avez rallumées dans le ciel ce soir !

Ce projet a pu voir le jour grâce à la confiance et à l’engagement du recteur de l’UZSWLU, M. Tukhtasinov Ilkhomjon Madaminovich et du vice-recteur aux Relations Internationales M. Nasirov Abdurakhim Abdimutalipovich, qui ont tout d’abord encouragé, facilité et enfin soutenu ce projet collectif improbable et risqué. Merci à toutes les équipes de direction de l’UZSWLU pour nous avoir ouvert leurs portes et permis de donner une forme à ce moment à la fois fort et fragile, à M. le doyen de la faculté romano-germanique : M. Khakimov Khamidulla Inamovich pour sa constante bienveillance face à nos multiples demandes. Katta Rahmat !

Je voudrais vous dire aussi le privilège que j’ai d’avoir rencontré celles et ceux qui sont devenus mes chers collègues et ami.e.s au fil de nos échanges, partages et mobilités depuis 2018, et sans qui ce projet, comme les précédents, n’auraient jamais pu exister. À vous, les deux équipes d’enseignant.e.s et personnels de la faculté de philologie de français de Litteraturniy : Pour votre patience et votre humour, vos attentions, votre engagement constant et votre confiance. C’est toujours un vrai bonheur de travailler à vos côtés : Fathiddine Nichonov, Faxhliddine Badalov, Zulfia Davronova, Ilmira Bagaütdinova et toustes vos collègues ; Gulsanam Rakhimova, G’ayrat Macharibov, Jamolhiddine Yakubov, Mokhira Boghiyeva, Maruf Ouskinov, Jamshidbek Karimov et toustes vos collègues. Katta Rahmat !

Dire encore toute ma gratitude aux traducteurs du texte original en français de « Nous, les arbres… » mis à la disposition du public en  : ouzbek, transcrit en latin et en cyrillique par Fatthiddine Nichonov & G’ayrat Masharibov, en anglais par Virgile Dall’Armellina, et en russe par un certain Chat GPT. Katta Rahmat ! Большое спасибо ! Thanks a lot ! 

À toute l’équipe des techniciens audio-visuels et des services généraux pour la transformation de cet espace, devenu, le temps d’un poème à 40 voix, une forêt pleine de folies, d’arbres, de mots et de rêves suspendus. Katta Rahmat !

Enfin, merci à toute l’équipe de l’Alliance Française de Tashkent qui a accepté avec enthousiasme d’accompagner ce projet dans toutes ses étapes, l’a soutenu avec force et sérénité, malgré les aléas et les difficultés du chemin. Merci à Ashot Danielyan pour avoir partagé avec énergie son expérience de la performance lors de son workshop.

Katta merci à vous, Dilshod, Adrien, Alice, et à votre bel équipage de l’Alliance Française à Tashkent. Vous savez, loin de tout esprit de conquête, faire vivre les valeurs de la France, celles de l’attention et du respect, de l’échange et de la coopération d’égal à égal. Bravo à vous toustes, ne changez rien.

À vous toutes et tous, comme aux arbres, ne mourez jamais !

L.D.A

Ce QR-Cod vous permet de télécharger depuis votre smartphone les versions : originale en français, traduites en Ouzbek (latin ou cyrillique), en Anglais, en Russe.

Lien direct depuis le web >>>>>>>>>>>>>>>>

NB : seule la version française contient la liste des 1585 essences d’arbres du monde, qui n’existe pas en Ouzbek et très partiellement en Russe.

  • La version précédente de mai 2025 est un enregistrement audio réalisé à Montreuil, une maquette de studio à neuf voix (avec Nathalie C., Blaise D., Morgane P., Azelle D., Hugo P., Virgile D., Giùlia C., Blaise S., Natallia N., Luc D.).